•  comme annoncé dans les discussions assez chaudes sur l'article "Convertie", je remets en ligne ce texte que j'avais écrit sur l'ancien blog en 2006, et que personne n'a jamais réfuté. Cette démonstration n'est certainement pas au dessus de toute critique, mais j'attends autre chose que des "vous irez en enfer) ou bien "vous êtes ridicule". il faut expliquer clairement en quoi il y a ridicule à affirmer que la perfection du Coran n'est que billevesée...

     

    L'une des thèses islamiques fondamentales, qui est en quelque sorte en Islam un axiome, et qui se trouve d'ailleurs dans le Coran lui même (par exemple : sourate 11 , verset 1) est celle de la perfection absolue  ainsi que de la non contradiction du Coran, qui, lui et lui seul, représente la Vérité ultime et immuable adressée par Dieu à l'ensemble de l'humanité.

    Or, (valeur de) vérité (d'une proposition) et contradiction sont des notions logiques, il est donc normal de s'intéresser aux affirmations coraniques du point de vue de la logique, ce que l'on va faire ici. Il est courant, lorsque l'on discute avec un musulman, de se voir mettre au défi de "montrer une contradiction dans le Coran". Il y en a des tas bien entendu, mais le problème est que l'on peut toujours jouer sur le sens des mots, et que l'on entre alors dans des discussions à n'en plus finir. Et ce d'autant que les musulmans ont trouvé un tour de passe-passe assez efficace : quand deux versets se contredisent, ils parlent de "versets abrogés" ou "abrogeant". Ainsi le vilain mot de "contradiction" est évité. Mais l'on démontrera ici, en utilisant la logique mathématique moderne, qu'il est impossible que le Coran soit à la fois parfait (au sens de : permettant de démontrer toute proposition vraie) et non contradictoire. Or comme il affirme être l'un et l'autre, le Coran ment.

    Il restera bien sûr une issue : c'est que la "perfection" du Coran soit autre que celle consistant à contenir toute vérité. Mais dans ce cas cela laisse la place à la "perfection" des autres livres sacrés (de l'hindouisme, du paganisme, du christianisme, etc...) et l'Islam n'a plus le droit de se proclamer "seule voie vers la Vérité donnée par Dieu à toute l'humanité".

    Une autre issue sera de clamer qu'il est impossible de transcrire le Coran en langage formel (car le théorème d'incomplétude de Gödel ne s'applique qu'à de tels langages) : mais dans ce cas il est impossible de vérifier ou de réfuter la non-contradiction du Coran, notion qui à la limite n'a de sens réel que pour des langages formalisés.

    Je me propose donc ici de réfuter la thèse islamique au moyen des outils de la rationalité moderne, et en particulier ceux de la théorie des catégories ,  dans son application à la logique mathématique. On a ainsi découvert récemment que les théorèmes d'incomplétude de Gödel ne sont que des cas particuliers de théorèmes très généraux dits de "point fixe" dans des catégories cartésiennes fermées.

    Je me placerai d'emblée dans la catégorie bien connue Prop des propositions élémentaires (ou plutôt, en jargon logique, "atomiques", c'est à dire non décomposables en sous-objets) : cette catégorie possède comme objets lesdites propositions (  quelle que soit leur forme : narrative, injonctive, ...) et on a une flèche entre deux objets A et B si A implique B.

    Cette proposition possède des propriétés bien connues et très satisfaisantes, en particulier elle possède toutes les limites finies. Bien entendu, la collection des "objets" est d'une infinité tellement "énorme" qu'elle se situe d'emblée hors de la collection des "ensembles", voire même des collections qui sont "plus grandes que tout ensemble", à savoir les classes, conglomérats, etc.. mais nous restons dans le cadre de la théorie des catégories, puisque la collection des morphismes entre deux objets sera toujours un ensemble, et d'ailleurs un ensemble fini (limité à deux éléments )

    Je rappelle ici la notion catégorique de limite d'un diagramme car elle est essentielle pour ce qui va suivre.

    Etant donné deux catégories C et D et un foncteur F allant de D vers C, un cône sur F consiste en :

    1 un objet c de C

    2 pour tout objet d de D, un morphisme m(d) allant de c à F(d) dans la catégorie C et tel que pour tout morphisme u dans la catégorie D allant de a vers b on ait: m(b) = F(u) * m(a) (où je note par * la loi de composition associative des morphismes dans une catégorie).

    Le point 2 de cette définition résulte donc en la donnée d'une famille de morphismes de la catégorie C indexée par les objets de D.

    La définition de la limite d'un foncteur est alors la suivante.

     Etant donné un foncteur F défini comme précédemment, une limite de F est un cône (L, (p)) possédant la propriété d'universalité, c'est à dire tel que pour tout cône (M, (q)) sur F il existe un unique morphisme m dans la catégorie C tel que pour tout objet d de la catégorie D on ait : q(d) = p(d) * m

    Je n'ai pas la possibilité sur ce clavier de transcrire les notations mathématiques bien connues d'indexation : donc par exemple (m) est à comprendre comme famille indexée par les objets de D de morphismes de C, de même pour (q).

    On pourra se reporter pour plus de clarté à n'importe quel manuel, par exemple Borceux  : "Handbook of categorical algebra" Tome 1 page 56 (Cambridge), ou bien n'importe quel cours en ligne, taper sur Google des mots clés comme "category functor", le meilleur à mon avis est celui d'Awodey en format pdf.

    La limite d'un diagramme est alors un cas particulier, puisqu'un diagramme dans une catégorie C peut être considéré comme un foncteur allant vers C depuis un ensemble fini I considéré comme catégorie discrète (sans flèches).

    Dans le cas qui nous occupe, la limite d'un diagramme consistant en une collection finie de propositions reliées éventuellement par des flèches d'implication sera tout simplement leur conjonction au sens logique : c'est à dire la proposition les impliquant toutes et telle que toute proposition impliquant toutes les propositions du diagramme implique aussi leur conjonction (propriété d'universalité de la limite).

    Dans ce schème conceptuel, le Coran peut alors se formaliser comme une sous-catégorie de Prop, et même comme une sous-catégorie de la sous-catégorie des propositions vraies (si l'on admet avec les musulmans que le Coran est entièrement véridique). Nous noterons cette catégorie Cor, et l'on aura donc , si l'on note < le foncteur d'inclusion:

                          Cor < True < Prop

    Comment se traduit la notion de perfection dans ce schème ? très simplement : elle implique que pour toute proposition vraie ne figurant pas comme objet dans Cor , on puisse exhiber au moins un "chemin" fini de flèches successives menant à cette proposition et prenant son origine avec un objet de Cor.

    Parmi les objets de Cor, on distinguera ceux qui en sont en quelques sorte les axiomes ou encore les objets initiaux, tels qu'on ne puisse les dériver d'aucun autre objet, mais qu'à partir d'eux on puisse dériver par morphisme d'implication tout autre objet de Cor, et donc à cause de ce qu'on a vu précédemment toute vérité. On aura donc une famille d'objets, finie évidemment , non reliés entre eux par des flèches. On pourra alors former la limite du diagramme ainsi formé, qui ne sera autre dans ce cas que le produit catégorique des objets considérés. Nommons A (comme le "Grand Autre" de Lacan) ce nouvel objet, non présent (éventuellement) dans le Coran mais dérivé de lui rationnellement et représentant, sous la forme d'une proposition finie , la quintessence de la Vérité Absolue qu'est d'après l'Islam le Coran.

    De par les assertions précédentes, on voit que de A découlera, par voie d'implication, toute vérité. En particulier, tous les théorèmes de l'arithmétique en découleront.

     On se trouve donc en présence, dans un langage formel de type catégorique, d'un système d'objets récursif et consistant (puisque réduit à un seul objet) et permettant de déduire l'arithmétique. Nous nous trouvons donc dans les conditions d'application du second théorème d'incomplétude de Gödel, qui affirme qu'il existe une proposition vraie non déductible du système d'axiomes proposé (ou , dans notre formulation catégorique, non dérivable de l'objet A par une série de morphismes).

    Nous aboutissons donc à une contradiction, ce qui implique qu 'il est faux que le Coran soit parfait et non-contradictoire : or comme il affirme être l'un et l'autre, le Coran est une imposture.


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  • Ce délicieux petit film provocateur comme on les aime, date de 1964 et a été réalisé par Arthur Hiller, au moment où les USA étaient en train de s'empêtrer dans le bourbier vietnamien...

    voir les liens suivants sur ce film :

    http://www.lewrockwell.com/gee/gee10.html

    http://en.wikipedia.org/wiki/The_Americanization_of_Emily

    Je ne crois pas qu'il pourrait être réalisé aujourd'hui, compte tenu par exemple de ces scènes du début, où le commandant Charles Madison (excellement joué par James Garner, qui était dans la "Grande évasion" l'américain chargé dejouer les pickpockets) , qui est un "dog-robber", un officier d'ordonnance dont le rôle est d'approvisionner son "général" en tout ce dont il peut avoir envie (tout , tout, tout, vraiment tout Mort de rire) met la main aux fesses de toutes les anglaises qu'il rencontre et reçoit pour toute réponse un jovial "Salut Charlie ! contente de te revoir !"

    Mais bien entendu les "politically correct" à la sauce contemporaine aurait tort de se polariser là dessus car le véritable aspect "scandaleux" du film est ailleurs.

    Madison est un "planqué", qui se définit lui même, quand on lui demande sa religion, par : "poltron pratiquant" (un peu à la manière anarchiste de Louis Ferdinand Céline dans le "Voyage", au début, quand il est soldat et discute avec Lola). Ce qui lui permet de se livrer à une critique sans concessions de l'europe et des européens : "vous les européens ! avec vos idéaux et vos principes ! vous ne supportez pas de nous voir arriver en masse chez vous persuadés que nous pouvons tout acheter avec des parfums, du chocolat, tout ce que vous désirez désespérément depuis des années.... mais vous oubliez qu'Hitler et Mussolini sont européens, pas américains, et issus de 2000 ans de fanatisme, de superstition bigotte et d 'avidité".

    Le ton est donné, la séparation bien tranchée entre "américains pragmatiques, égoïstes, cyniques et réalistes" et "européens idéalistes et pétris de grands principes universels". Mais il y aura amour entre l'anglaise Emily (Julie Andrews) et l'américain jouisseur et poltron  qui finalement se révèlera moins cynique qu'il n'y paraitpuisqu'il voudra révéler au monde la "vérité" dernière qui se cache derrière le "grand récit" imaginé par un général mégalomane et schizophrène du "premier mort d'Omaha"... à tel point qu'on se demandera si c'est Emilie qui est américanisée ou Madison qui est "anglicisé".

    Finalement, le film est bien représentatif de cet état d'esprit d'après guerre, refusant l'hypocrisie des grands idéaux qui n'avaient pas empêché la catastrophe de la guerre, et qui culminera avec les grandes révoltes estudiantines de 1967-68 un peu partout dans le monde (et donc aussi en France avec Mai 68, que certains veulent célébrer et d'autres éradiquer....honneur excessif dans les deux cas).

    Badiou a correctement défini cette attitude comme "matérialisme démocratique". Et il n'est pas difficile de voir à quoi elle conduit : au nihilisme moderne (ou post-moderne).

    Car il est impossible de vivre "seulement pour vivre", seulement pour le plaisir, pour fonder une famille, travailler, prendre du bon temps...et puis mourir.

    Enfin si, c'est possible, mais pas longtemps, à l' échelle d'un pays ou d'une société.

    La critique de la guerre, de toute guerre, est excellemment faite par Emily et sa mère dans les scènes de la fin, qui sont à la fois très drôles et belles : glorifier la mort héroïque du "premier mort d'Omaha", c'est absolument "païen" (selon les termes mêmes employés dans le film).

    qu'est ce que c'est, ce qui est "païen" ? c'est de pallier au nihilisme impulsé par le "matérialisme démocratique" et son absence de "sens" par des "idoles", des objets ou des récits chargés de sens "imaginaire" : héroïsme sacrificiel, à la fois chez les Alliés et les allemands, idéologie raciale d'Hitler, etc...

    Seulement, et c'est ici que nous mettons notre grain de sel, si l'on réfléchit à l'essor historique de ce qui s'est appelé "chrétien", on devra convenir que ce qui est chrétien, c'est aussi le plus souvent absolument "païen" ! (et aussi bien sûr ce qui est musulman, a fortiori).

    Quelle est l'erreur du commandant Madison (en dehors bien sûr de sa critique de l'hypocirsie des idéaux héroïques, avec laquelle nous ne pouvons être que d'accord) ?

    C'est de dire la phrase suivante : "pour ce qui est de la vertu, de la morale et de la vérité, je laisse ça aux soins de Dieu".

    Mais Emily a beau jeu de le mettre, à la fin du film, en face de ses contradictions : "comment ? c'est toi qui veut laisser à Dieu la vérité, et tu te proposes de risquer la prison et le déshonneur pour révéler au monde l'imposture de la hiérarchie militaire, en te drapant dans ta vertu ?"

    L'erreur repose dans la confusion entre le Dieu idolâtre et païen des religions (le Créateur) et le Dieu-Raison de la philosophie, qui est Vérité et source de Vérité.

    Car si Dieu est Raison , norme de vérité, et nous est radicalement immanent, alors cela ne peut avoir aucun sens de déclarer : "je laisse la vérité à Dieu et m'en lave les mains". Car Dieu, c'est nous, pour peu que nous soyions fidèles à notre travail de vérité et seulement à celui ci (car la vertu ne peut exister que sous condition de cette recherche en vue de la vérité).

    aussi ne sort t'on pas de l'athéisme pratique du "matérialisme démocratique" par un atéisme philosophique, fût la dialectique matérialiste de Badiou. ni bien sûr par le paganisme sacrificiel et mystificateur des idolâtries religieuses (chrétiennes ou musulmanes)

    Mais bien par la voie "intellectuelle" vers le Dieu des philosophes, qui n'est fondée que sur un seul principe (qui n'a rien à voir avec les grands principes hypocrites du conformisme social) : la progression illimitée vers la vérité par l'expansion infinie de l'intelligence dans le désintéressement absolu de l'amour.

     


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  • Il arrive que les petites salles indépendantes du Quartier Latin repassent de temps en temps de véritables petits bijous cinématographiques des années 40 ou 50, totalement oubliés ou méconnus, du temps où le cinéma américain avait encore une âme (qui lui était d'ailleurs largement insufflée par des réalisateurs d'origine européenne, ayant fui le nazisme, comme Fritz Lang ou Otto Preminger). Cela arrive en ce moment à l'Action Christine, (4 rue Christine Paris 75006) avec le festival "Hommage à James Stewart" qui dure jusqu'à la fin d'Avril..  et "Mortal storm" repassera les 19 et 27 Avril.

    "The mortal storm" (1940), de Frank Borzage, avec James Stewart (ainsi que Robert Stack, alias "Eliott Ness" des Incorruptibles, qui avait alors autour de 20 ans!) est au rang de ces films proprement admirables, en particulier en ce qu'il témoigne que le monde "libre" avait alors été prévenu, bien avant l'entrée en guerre des USA,  de ce qui se tramait en Allemagne : le film raconte l'histoire d'une famille allemande dans une petite ville universitaire située dans un magnifique paysage de montagnes, une famille très unie dont le père (qui ressemble trait pour trait à Husserl) est un vénérable (et vénéré) professeur d'origine juive qui a épousé une allemande "aryenne" (comme on disait en ce temps là) dont il a eu un fils et une fille, auxquels s'ajoute deux autres fils qu'elle avait eu d'un précédent mariage. Le film débute le 30 janvier 1933, qui s'avère être aussi le soixantième anniversaire du professeur Victor Roth... peu à peu on assiste à la désunion de la famille, les deux fils "du précédent mariage" choisissant de s'enrôler dans le parti nazi, à la montée de la violence et de la terreur, dans une atmosphère oppressante qui prend peu à peu le spectateur à la gorge... jusqu'à ce que le professeur Roth soit arrêté en raison de ses origines, et aussi du fait qu'il refuse de plier les connaissances scientifiques devant le pseudo "idéal" des nazis, selon lequel il est impossible que le sang "juif" et le sang "aryen" puisse être composé des mêmes entités physico-chimiques. Il mourra dans le camp de concentration où il est enfermé pour être "rééduqué", ou plutot éliminé. Ainsi dès 1940, et sans doute bien avant,  l'Amérique savait tout...

    http://catchingtheclassics.blogspot.com/2007/05/mortal-storm-1940_22.html

    Dans son préambule aussi bien que dans les dernières phrases, le scénario du film se réfère explicitement au danger mortel qui menace notre civilisation, ainsi d'ailleurs que toutes les civilisations et surtout LA civilisation qui est encore à réaliser (d'après moi seulement, car selon la vulgate "occidentale nord-américaine façon Hollywood ou Fukuyama, LA civilisation est déjà réalisée, c'est l'économie libérale moderne mâtinée par les droits "formels" de l'homme) : celui de la tempête mortelle des "émotions et de la psyché collective" non maitrisée par la raison, reliée à la science "objective" de la nature qui n'est pas (ou pas seulement ni principalement) outil de "domination technique de la Nature", mais surtout marque de la supériorité de l'esprit et de l'intellect sur celle ci .

    Bien sûr nous restons dans un film américain, et la croyance en Dieu (le Dieu de la Bible) et la prière sont considérées comme remparts contre la barbarie nazie (païenne) et ce avant la science. Mais la prière qui clôt le film (de protéger l'homme contre la terreur de l'inconnu) dit tout autre chose, puisqu'elle est une prière au Dieu-Raison : car qui dissipe les terreurs de l'inconnu, sinon la Raison et la réflexion ?

    En tout cas, si l'on admet les "axiomes" qui fondent ce blog , on sait que la Terreur nazie, qui est restituée dans cette oeuvre artistique avec une acuité exceptionnelle, n'est pas la fin de la Terreur "moderne" (ou post-moderne, diront certains), mais son commencement. Un diagnostic que confirme l'examen des 60 années qui ont suivi.... et que confirmeront sans aucun doute, hélas, les aannées qui viennent..

    oui, nons savons, nous pauvres mortels qui venons à la suite, que le monde ressemble de plus en plus à un hopital psychiatrique , qui serait aussi un vaste camp de concentration (mais sans barbelés, puisqu'il est à l'échelle de la planète, et qu'il est impossible de quitter la planète pour aller vivre durablement ailleurs), un hopital où malades et médecins se confondraient, en quelque sorte...après tout le délire collectif (la religion) ou la folie pure et simple est toujours un choix possible, et peut être pas du tout improbable, pour le "dieu tombé qui se souvient des cieux" (selon Lamartine) , une fois qu'il prend conscience, tous mythes déconstruits,  qu'il n'est pas tombé du ciel mais d'un vagin... lieu fort respectable mais qui n'échappe pas à la malédiction de Nougaro dans sa chanson fameuse pour les "connaisseurs" : "Rue Saint Denis"  :

    http://www.frmusique.ru/texts/n/nougaro_claude/ruesaintdenis.htm

    "J'ouvre bien ma gueule qu'on voie
    Que dedans nul ciel n'est à voir"

    et s'il ne convient pas au fils de Dieu de "naitre d'une gymnastique couronnée d'un grognement" (Cioran), alors il se pourrait que l'homme ait la tentation de "naitre directement de l'esprit" (en l'occurrence d'une éprouvette, dans un laboratoire) comme le prophétisait l'anti-héros dostoïevskyen du "Sous sol"....et où y a t'il de meilleurs laboratoires que dans un hopital ?

    Mais revenons à la philosophie et au Concept  :  comment pourrait il en être autrement ? si l'on partage nos présupposés , selon lesquels :  le seul "Absolu" est de l'ordre de principes "intellectuels" toujours à mieux approcher dans une réflexion de plus en plus approfondie sur l'avancée de la science théorique de la Nature, avancée qui a réellement commencé il y a 4 siècles en Europe, mais il y a eu ensuite "rupture" et l'humanité dite "des Lumières" puis du 19 ème siècle positiviste a refusé de (et/ou été impuissante à ) demeurer fidèle à cette tâche infinie et s'est enquelque sorte vautrée dans une réaction irrationaliste dite "romantique", ou bien dans une arrogance techniciste, voire impérialiste et belliciste...

    si l'on admet cette thèse, alors en effet , si l'humanité dans sa quasi-totalité se détourne du seul "universel" possible (la tâche de l'exploration rationnelle du monde) pour "revenir" aux religions et aux attitudes "fusionnelles-mystiques" qui préexistaient au 17 ème siècle galiléen et cartésien, et qui étaient le vestige d'époques d'ignorance, et de terreur "vitale" devant l'inconnu, que peut il se passer d'autre que ceci , qui devient de plus en plus évident : un délire généralisé ?

    Une fois encore je vais citer Brunschvicg... le Maitre spirituel, à la fois nouveau Platon et nouveau Socrate et "verus Christus" (désolé, mais je le pense Mort de rire), le mieux à même de nous aider à voir clair dans cette terrifiante vallée de la mort envahie par des ombres de plus en plus sinistres... et "y voir clair" représente à peu près la totalité du travail pour en sortir et pour trouver donc le "salut", puisque la philosophie ne promet que le seul salut possible, un salut d'ordre intellectuel ("comprendre, seulement comprendre" disait Spinoza), loin donc des "saluts" imaginaires, inspirés par le délire de l'illusion vitale, des saluts "religieux" dans le destin "post mortem",  ou dans la Jérusalem céleste...

    cette citation est extraite de l'ouvrage majeur de Brunschvicg : "Le progrès de la conscience dans la philosophie occidentale", elle se trouve au tome 1, page 18, section 2 de "La découverte de la raison pratique" : "l'oeuvre de Platon":

    "au point de départ de la pensée de Platon, il y a cette intuition profonde et prophétique: le salut d'Athènes et l'intérêt de la civilisation sont inséparables. Athènes ne peut être régénérée que par des hommes capables de faire servir aux disciplines de la vie collective la certitude incorruptible de la méthode scientifique; d'autre part le progrès de spiritualité auquel l'enseignement socratique avait ouvert la voie, se trouvera tout d'un coup arrêté du jour où Athènes sera dépouillée de son indépendance, où le monde antique cessera de recevoir le rayonnement de son génie. Peut être d'ailleurs, après les ruines accumilées sur le sol de la Grèce par la guerre du Peloponèse, le mal dont Platon avait établi le diagnostic était il devenu incurable ; peut être est ce sur une chose déjà morte que portent les discussions de la République, du Politique ou des Lois, sur la constitution de la cité la meilleure. Et une fois de plus aura t'il été vrai que l'oiseau d'Athènes prend son envol seulement à la tombée de la nuit.

    Du moins, pour nous modernes, et si nos trois siècles de civilisation doivent être autre chose qu'une trêve illusoire entre deux retours de Moyen Age, aucune leçon ne sera plus précieuse  à recueilir que l'effort accompli par Platon pour fournir à l'humanisme rationnel de Socrate les points d'appuis qui lui manquaient"

    L'hypothèse formulée par Brunschvicg il y a 70 ou 80 ans, que nous entrons sans doute dans une nouvelle nuit moyennâgeuse (après la nuit qui a englouti Athènes et qui a duré 20 siècles, jusqu' à la naissance de la civilisation avec le "traité initiatique de la seconde naissance" qu'est le Discours de la méthode de Descartes en 1637) est maintenant confirmée, s'il en était besoin après les horreurs , qu'a connues Brunschvicg, de la première guerre mondiale et du génocide arménien...et pourtant les trois ou quatre siècles de civilisation (et je parle ici de LA civilisation universelle, pas de la civilisation dite "occidentale" qui n'est jamais qu'une civilisation parmi les autres, promise donc aux affrontements du "choc des civilisations") sont autre chose qu'une illusion : car la seule "éternité" est celle qui est donnée à la conscience par le "présent éternel" de la réflexion intellectuelle (la première et principale "base" de l'idéal de l'homme occidental, voir article plus haut)...

    oui nous entrons dans la Nuit, cette "nuit de la Nouvelle angleterre" sur lquelle se terminait "Absalon absalon" de William Faulkner,et les ténèbres se font de plus en plus oppressantes, et pourtant, nous dont "l'Eternel de la Bible n'est pas le berger" , nous qui ne sommes pas non plus le "berger de l'Etre", nous ne craindrons pas, nous ne serons pas vaincus par la Terreur qui vient... si du moins nous restons fidèles à notre idéal de réflexion intellectuelle et refusons jusqu'à la fin (mêrme l'extrémité de la fin, lorsque le Titanic coule définitivement) de "recommencer à prier" (restant ainsi aussi fidèles à l'appel de Nietzsche).

    Que nous demande t'il , cet idéal ? de voir par la vision profonde, de comprendre donc la nature de cette Terreur qui vient.... de comprendre que ce qui est l'acmé du terrifiant, ce n'est pas la disparition physique de l'humanité (toujours possible, par guerre nucléaire ou par astéroïde venant percuter notre planète) , ce n'est pas que le monde "finisse sur un bang".

    C'est que le monde finisse sur un murmure, le murmure du caissier qui compte ses billets, ou du vieillard qui contemple son téléviseur dans le salon glacial et désert, ou celui des "sceaux qui brise le notaire chafouin dans nos chambres vacantes"...

    Ce qui est LE terrifiant, c'est que l'humanité fasse sécession, fasse la grève de l'humain, en quelque sorte : cette abdication devant l'animalité qu'avait thématisée Kojève (avant guerre aussi ) sous le terme de "fin de l'Histoire" et que Fukuyama et ses suivistes ont largement mésinterprétée... comme ils ont mésinterprété (ou ignoré) la prophétie de Nietzsche sur le "dernier homme" qui sautilel en clignant de l'oeil sur une Terre devenue trop étroite....

    Mais si nous admettons avec Brunschvicg que Kojève avait tort de penser que LA Sagesse avait été réalisée pour la première fois dans l'Histoire par LE premier Sage (à savoir Hegel, selon Kojève), si nous comprenons et voyons clairement que la tâche de la Raison philosophique, qui a débuté en Grèce antique, puis recommencé au 17 ème siècle européen , est à proprement parler interminable car Infinie, que donc LA Sagesse ne sera jamais "réalisée" complètement dans un Système (fût ce le prodigieux système hégélien), mais demeure (sous le nom que nous lui donnons, avec sans doute quelques raisons, de "Mathesis universalis") comme l'Idée régulatrice de la philosophie et de la Science, et que , comme dit Badiou : "Il n'y aura pas d'épiphanie de la Vérité" ,ce que nous traduisons dans notre langage, que Badiou n'admettrait aucunement, par : "le Dieu des philosophes ne se manifestera en aucun point privilégié dde l'Espace-Temps"...

    alors...alors mes frères et soeurs...

    alors nous nous vouons, par une décision résolue, plus résolue encore s'il est possible (et il ne tient qu'à nous, à qui d'autre ??) que la décision heidegerrienne, (et qui n'a rien à voir avec l'être-résolu-pour-la-mort, puisque selon l'invitation de Brunschvicg dans "Introduction à la vie de l'esprit" nous avons renoncé à la mort), à la tâche de la Raison, nous ne recommençons pas à prier, ni d'ailleurs à boire (nous qui nous sommes tant abreuvés du lait noir de l'aube, notre gueule de bois donne une idée de l'éternité), nous nous détournons du paysage et.... nous sommes libres et sans peur face à la Terreur  qui fond sur nous...


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  • La position du journaliste-essayiste Mohamed Sifaoui à propos du film de Geert Wilders apparait sensée et mesurée :

    http://www.mohamed-sifaoui.com/article-18190326.html

    C'est un des rares analystes (et de plus un analyste musulman, comme il le dit de lui même) qui "remet les choses à l'endroit" dans l'espèce d'hopital psychiatrique qu'est devenue la planète médiatique en ce qui concerne l'affaire Fitna : ce qui est choquant ce n'est pas le film de Wilders, ce sont les réactions de haine et d'appels au meurtre qu'il a déclenchées. Cela va sans dire bien sûr....mais il est quand même bon que cela soit dit, ici ou là.

    Mais là où l'article de Sifaoui devient le plus intéressant, c'est lorsqu'il aborde, à travers une critique des thèses de wilders, le thème du "choc des civilisations" . D'après lui Wilders a tort, d'une part de mettre dans le même panier tous les musulmans d'europe, mais aussi lorsqu'il reprend et exacerbe le "choc des civilisations" : "nous ne sommes pas dans une guerre de civilisations mais dans une guerre qui oppose LA civilisation , qui contient tous ceux qui se reconnaissent dans les valeurs universelles et les idées humanistes, à la barbarie...des islamistes".

    Je peux tout à fait rejoindre cette position sur certains points. D'abord il est certain que le film de Wilders est très criticable, et si je ne le critique pas, c'est parce que ce n'est pas la tâche la plus urgente aujourd'hui. L'urgence c'est d'abord de soutenir de manière inconditionnelle sa liberté d'' expression contre tous ceux qui veulent le faire taire, y compris en appelant à le tuer.

    Quant au "choc des civilisations", il y a plusieurs manières de le "refuser" ou de le récuser : la manière des lâches, d'abord, qui est celle de l'immense majorité des journalistes, politiques qui se gargarisent des grands mots de "paix", "tolérance universelle" etc... en réalité ils ne refusent ce "choc des civilisations", qui quoiqu'on en dise fait rage, que parce qu'ils craignent une guerre civile planétaire et qu'ils veulent garder leurs "acquis" et leur confort douillet de privilégiés occidentaux mollassons. A ceux là, à ces éternels "munichois" il faut redire ce que disait Brice Lalonde il y a quelques années, reprenant lui même les mots de Churchill

    "vous qui préférez le déshonneur à la guerre, vous aurez à la fois la guerre et le déshonneur"

    Mais on peut aussi, comme je l'ai fait ici même , constater que les "civilisations" qui s'entrechoquent n'en sont pas vraiment, ou du moins ne sont pas LA civilisation qui doit réaliser l'unité du genre humain c'est à dire la véritable mondialisation, ou création d'un monde véritable.

    Là ou je m'opposerais à Sifaoui, c'est sur la manière de définir cette "civilisation" : lui la considère , de manière "ensembliste", comme déjà ébauchée dans un groupe humain, défini non certes par des considérations d'etnie, de langue ou de religion, mais comme "l'ensemble de ceux qui se reconnaissent dans des valeurs universelles et des idées humanistes".

    Or le danger dans cette manière de procéder, c'est soit de n'être pas assez discriminant, c'est à dire de laisser entrer le loup dans la bergerie (les islamistes clameront qu'ils partagent des valeurs universelles, celles du Coran), soit de l'être trop. Comme il est devenu commun de le rappeler, la notion d'humanisme peut conduire aux pires aberrations ("le nazisme est un humanisme") s'il amène à définir une notion d'humain qui établit une discrimination tranchée ("ensembliste dure", "crisp set-theoretic") entre le groupe des "humains" et celui de ceux qui sont en dehors : les "non humains".

    Nous définissons donc ici LA civilisation (toujours à réaliser) non pas de manière ensembliste, mais de manière "catégorique", à la façon d'un objet universel dans une catégorie, comme dans les articles précédents sur le rôle de l'homme occidental par exemple. Il s'agit d'envelopper l'idée d'humanité, ou de civilisation, dans un idéal de réflexion intellectuelle et d'unité morale, ou dans l'idée régulatrice de LA religion (philosophique) consistant dans l'expansion infinie de l'intelligence et l'absolu désintéressement de l'amour. 

    Laissons encore une fois la parole à Brunschvicg, par ces quelques citations extraites de la conclusion du livre "Raison et religion" :

    "Si les religions sont nées de l'homme, c'est à chaque instant qu'il lui faut échanger le Dieu de l'homo faber, le Dieu forgé par l'intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l'homo sapiens, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d'aimer....aller jusqu'au bout dans la voie du sacrifice et de l'abnégation, sans chercher de compromis entre les deux mouvements inverses et inconciliables de marche en avant et de retour en arrière, nous avons à coeur de dire que ce n'est nullement rompre l'élan imprimé à la vie religieuse par les confessions qui ont nourri la pensée d'Occident.

    Nous avons appris de Pascal que la lutte n'est pas entre Ancien et Nouveau testament, mais dans l'ancien même entre "juifs charnels" et "juifs spirituels", comme dans le nouveau entre "chrétiens spirituels" et "chrétiens charnels". Et la parole demeure, qui passe outre à la séduction pieuse de l'éclectisme: "On ne sert pas deux maitres à la fois", seraient ce (oserons nous conclure) la puissance du Père et le sagesse du Fils"

    Cette réflexion est plus subtile qu'il n'y parait : la dernière phrase est un véritable petit bijou, une mécanique de précision qui sans avoir l'air d'y toucher dit quand même ce qu'il y a de fondamental dans la pensée religieuse de Brunschvicg, et introduit une "fissure" (une FITNA, en somme, déjà en 1939 Mort de rire) dans la Trinité. La religion philosophique, celle du Dieu des philosophes, du Dieu qui est seulement Esprit et Vérité, ne retient de la religion ancienne et charnelle que l'aspect du Fils (ou de l'Esprit), l'aspect proprement spirituel de Sagesse, et non pas l'aspect du Père, ou l'aspect Puissance.

    Que tirer de cette réflexion de Brunshcvicg pour le sujet qui nous occupe ?

    ici je dirai d'emblée ce qui j'ai déjà dit, à savoir que je n'ai pas la sublime générosité de Brunschvicg, et prendrai donc mes gros sabots Mort de rire !

    que serait, en somme, un véritable "chrétien spirituel" ou "musulman spirituel" ou "juif spirituel" ? en poussant les choses à la limite, ce serait un adepte du Dieu des philosophes, dont c'est un axiome central de ce blog qu'il n'a plus rien à voir avec le Dieu d'Abraham-Ibrahim. Il ne serait donc plus musulman, ni juif, ni chrétien !

     il semble donc qu'il y ait ici un fossé infranchissable du point de vue des forces mêmes de l'esprit, ou tout au moins franchissable seulement par une rupture complète avec les "anciennes religions".

    Brunschvicg semble confirmer ceci lorsque, se situant par rapport à Pascal (qui a thématisé de la manière la plus tranchée la polémique entre Dieu des philosophes et Dieu d'abraham) il nie le "troisième ordre", l'ordre de la charité ou de la grâce, que Pascal situe au dessus de l'ordre de l'esprit, pour ne retenir dans sa vocation religieuse que l'ordre de l'esprit (le deuxième ordre de Pascal).

    Cependant je m'en voudrais de conclure de manière trop négative : si LA civilisation et LA religion (du Dieu des philosophes) passe pour nous par une rupture complète avec l'Idole abrahamique (un redoublement du geste d'Abraham, mais contre lui même cette fois ! Mort de rire), il reste que musulmans , chrétiens, et juifs "de bonne volonté" (sinon "spirituels" à proprement parler) peuvent représenter non plus des adversaires, mais des partenaires pour un dialogue en Vérité (sans concessions donc mais dans le respect mutuel). C'est du moins une possibilité qui ne doit pas être exclue à priori.

     


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  • Les théologiens se sont attachés à distinguer entre la voie étroite : "qui n'est pas avec moi est contre moi" et la voie large : "qui n'est pas contre moi est avec moi".

    Mais pour accomplir l'Evangile il faut aller jusqu'à la parole de charité, non plus qui pardonne, mais qui n'a rien à pardonner, rien même à oublier : "Qui est contre moi est encore avec moi"

    Et celui là seul est digne de la prononcer, qui aura su apercevoir, dans l'expansion infinie de l'intelligence et l'absolu désintéressement de l'amour, l'unique vérité dont Dieu ait à nous instruire.

    Les lignes qui précèdent sont de Léon Brunschvicg, elles sont extraites de "Raison et religion" et constituent la fin du chapitre 5 ("Période augustinienne") de la seconde partie : "Les disgrâces de l'éclectisme".

    L'ouvrage "Raison et religion", qui date de 1939, prend son point de départ dans une communication extrêmement importante faite par Brunschvicg au Congrès de Prague de 1934 sur le thème : "Religion et philosophie".

    Le texte de cet exposé de 1934, qui comprend 13 pages, se trouve dans le numéro de l'année 1935 (année 42, numéro 1, page 1 à 13) de la Revue de métaphysique et de morale, il est accessible (lisible avec Acrobat reader) sur Gallica, à cette adresse (pour la première page) :

     
    Je ne pense pas exagérer en affirmant qu'il est important , d'une importance cruciale pour le monde actuel, que le plus grand nombre de personnes possibles prennent connaissance de cette communication de Brunschvicg, dont la langue simple et claire est à la portée de tout le monde, à condition que ces personnes soient de bonne volonté, c'est à dire acceptent d(enlever leurs oeillères idéologiques et religieuses.

    La citation de Brunschvicg faite au début de cet article , ces quelques lignes absolument admirables, m'évoque un des ces sommets lointains et enneigés que l'on voit lorsqu'on se promène dans les Alpes (pour en rester à la France). On sait que l'on peut y parvenir si l'on veut, mais que l'escalade sera rude, et dangereuse. Cela nécessitera en tout cas de quitter le confort douillet de la ville, et la tranquillité procurée par la vie en collectivité. Mais cette tranquillité n'est elle pas de l'ordre de l'illusion ? 

    Il faut en tout cas prendre au sérieux l'avertissement : "seul est digne de la prononcer....".

    Il ne fait strictement aucun doute pour moi que Brunschvicg en était digne : tous ceux qui l'on connu en sont d'accord, c'était un homme profondément bon , accueillant tous ceux qui faisaient appel à lui, sans aucune exclusive....

    mais une seule chose importe, c'est que chacun en son for intérieur se situe par rapport à cette "parole de charité" : ici il est vain de tricher, à quoi bon d'ailleurs ? et celui qui écrit cet article sait, pour sa part, qu'il est encore loin d'en être digne.

    Aussi ne prononce t'il pas cette parole pour son propre compte, mais en quelque sorte pour se fixer un but à long terme. Car ces quelques lignes si simples expriment une exigence radicale ...il s'agit, pour le prendre autrement, du seul "programme" nécessaire et possible pour l'activité que se fixe ce blog, qui est d'acquérir une vision absolument claire de Dieu, du Dieu des philosophes et non pas du Dieu des monothéismes abrahamiques qui est inconcevable et littéralement insensé.

    Cette "vision" est celle, pour reprendre les termes de Brunschvicg, de "l'unique vérité dont Dieu ait à nous instruire: l'expansion infinie de l'intelligence et l'absolu désintéressement de l'amour".

    En apparence donc, tout est très simple : une seul programme, consistant en une seule tâche : allier l'expansion infinie de l'intelligence à l'absolu désinstéressement de l'amour.

    Si la Mathesis universalis consiste, comme je l'ai conjecturé,  ici ou ailleurs, à définir les principes intellectuels universels (et non pas les axiomes, au sens d'une théorie axiomatique) et ultimes de toute activité intelligente et réflexive (qu'elle soit humaine ou non), alors elle est définie par ce seul et unique principe programmatique. Tout est terminé. Travail de femme et jeu d'enfants, comme disaient les alchimistes... et la véritable alchimie, loin de l'art des "souffleurs", est peut être cet itinéraire vers le Dieu des philosophes, puisque les alchimistes s'intitulaient "philosophes au laboratoire" ? je me borne à proposer ici cette piste, à explorer...

    mais comme l'on sait : le simple est difficile...et le plus simple est aussi le plus difficile....

    C'est d'abord l'ordre des mots qui doit attirer notre attention : l'expansion infinie de l'intelligence vient avant, a le pas sur, et donc conditionne, l'absolu désintéressement de l'amour.

    Ici Brunschvicg, et nous qui choisissons de nous fier à sa direction spirituelle, prend le contrepied complet de toutes les tendances (tentations ?) mystiques et "orientales" qui se donnent libre cours actuellement. Si vous définissez votre conception de la spiritualité (ce mot si à la mode qu'il en devient creux, hélas, comme d'ailleurs le mot "amour") de cette manière, vous serez immédiatement catalogué comme "intellectualiste", "rationaliste", amateur d'abstractions, ...cartésien...une crapule euro-occidentalo-centriste en somme... à liquider !

    L'expansion infinie de l'intelligence définit ce que Brunschvicg appelle la "religion dynamique" , et qu'il oppose aux religions statiques, "positives", instituées... c'est ici qu'il se sépare complètement de Bergon, qui emploie lui aussi ce terme de religion dynamique, si je ne m'abuse. Mais Bergson (pour lequel Brunschvicg avait une admiration et une vénération sans bornes) fixe (comme Descartes d'ailleurs, mais en un sens tout autre) des limites fermes et définitives à l'intelligence :

    "il est des choses que l'intelligence seule est capable de chercher mais que par elle même elle ne trouvera jamais"

    Je préfère pour ma part suivre Brunschvicg, car je me méfie de ce que l'on appelle l'intuition, notion mystique voire mystificatrice.... il s'agit peut être d'une pure question de vocabulaire, mais je me refuse à séparer une intelligence qui serait purement fonctionnelle, calculatrice, analytique, d'une mystérieuse intuition qui trouverait, en s'unissant intimement à l'absolu transcendant et ineffable. Je me refuse à "parler" d'un ineffable, ne serait ce quepour le nommer...

    Comment alors travailler à cette expansion infinie de l'intelligence, à ce "service" donc du Dieu des philosophes, et non pas donc au service du bien être matériel d'une communauté particulière d'êtres vivants (les humains) ?

    en travaillant à la compréhension philosophique de la science et à la réflexion sur la philosophie du passé. il ne s'agit pas d'histoire de la philiosophie (tâche respectable) mais d'évaluation et de réflexion incessantes sur la nature de la philosophie et de la science.

    Soyons plus précis... le "chantier" des futurs travaux, qui n'attendent que les "ouvriers", de la onzième heure ou de la treizième, pourrait être ainsi proposé:

    1 reprendre et vérifier (ou infirmer) les vues du "Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale" : ici il n'y a pas besoin d'aller "plus loin" que Brunschvicg, car la "philosophie" qui vient après a mort, et qu'il n'a donc pas pu méditer, ne vaut pas selon nous une heure de peine ! Clin d'oeil

    2 étudier les avancées théoriques de la science contemporaine du point de vue de la philosophie, et non pas du point de vue des avancées techniques ou de l'économie. Ces avancées majeures, intervenues au 20 ème siècle, sont au nombre de trois : la relativité et la physique quantique, pour ce qui est de la physique, et la théorie des catégories, en 1945, en mathématiques. Brunschvicg ne pouvait évidemment connaitre que les deux premières, mais il n'a pas pu les intégrer dans une philosophie cohérente et globale. Ce n'est pas un reproche : personne ne l'a pu, ni avant lui ni après.

    Toute la philosophie (admirable) des temps passés (Descartes, Spinoza, Kant, jusqu'à Brunschvicg) reste basée sur la physique classique. La tâche du futur est l'élaboration d'une philosophie qui prend en compte et "mette en cohérence"  les trois découvertes scientifiques rappelées plus haut . Mais bien entendu, il faudrait pour cela que les physiciens parviennent à une théorie unitaire regroupant et "dépassant" relativité et physique quantique, c'est à dire qu'ils arrivent à résoudre les cinq grands problèmes théoriques définis par Smolin au début de son livre "Rien ne va plus en physique".

    On le voit, il y a du travail ! et cela n'est pas pour nous surprendre : s'il s'agit réellement d'une "expansion infinie", cela veut dire qu'elle ne sera jamais "terminée", d'une part, et que d'autre part il n'y a pas de "limites" d'ordre ontologique ou autre aux possibilités de l'intelligence. N'en déplaise à Wittgenstein et à tous ceux qui pondent des livres sur "les limites de la connaissance"..... et, pour en finir avec cet ordre d'idées, on remarquera que je n'ai pas compté parmi les découvertes fondamentales le fameux théorème de Gödel. J'ai peut être tort ! mais il me semble en tout cas qu'on ne peut pas en inférer, comme il est à la mode de le faire, des conclusions hâtives ("crises et chochottements" Mort de rire) sur les "limites de la Raison". C'est d'ailleurs tout le sens de la "méfiance" de Brunschvicg envers la logique et les logiciens : on ne pourra jamais enfermer la Raison en un système logique (axiomatique). Puisqu'elle est infinie !

    quid alors de l'amour ? Amour , Amour, Maître des cieux, qui voudrait te placer au second rang ? et c'est pourtant ce que je vais faire, avec la caution toutefois de Brunschvicg, car seul ne n'oserais perpétrer un tel blasphème , un tel attentat contre toute la beauté et la noblesse des sentiments humains!Mort de rire

    Voici :  l'absolu désintéressement de l'amour est conditionné par l'expansion infinie de l'intelligence, qui est première !

    ce qui peut se dire aussi : la norme absolue qui est la "trace" du Dieu des philosophes, est d'abord norme intellectuelle, norme du Vrai, avant d'être norme morale, norme du Bien. Si c'est l'ordre inverse qui se produit, si le Vrai dérive du Bien, alors nous ne sommes plus sous le règne du Dieu des philosophes, mais du Dieu des religions, et c'est le chaos ! comme on le voit actuellement.

    Mais ceci peut aussi fonctionner dans l'autre sens ? que se passe t'il si l'on a (en apparence) l'intelligence sans l'amour ? comme par exemple chez ces scientifiques que décrit Smolin, en concurrence acharnée pour les postes de direction, pour la gloire, les honneurs, et accessoirement l'argent?

    il se passe qu'il n'y a pas "expansion infinie de l'intelligence" ! forcément ! si du moins l'on adopte notre point de vue!

    il se passe donc que l'expansion de l'intellligence est bloquée quelque part !

    et, oserai je insinuer, ne serait ce pas là l'explication de la situation tragique que décrit Smolin, de l'impasse où se trouve la science théorique actuellement (pas la technoscience, ça va très bien pour elle, merci !) ??

    c'est d'ailleurs ce que dit Smolin lui même, d'une autre façon : car les "nouveaux einstein" qu'il appelle de ses voeux, les penseurs "révolutionnaires" libérés des oeillères de la "pensée de groupe", qui seront seuls aptes selon lui (et selon nous) à sortir la science de l'ornière , ils seront justement la manifestation de la fin du blocage actuel, blocage mis en place par des "automatismes" inconscients. Et ce blocage réside d'abord selon nous dans la séparation complète de la philosophie (ou de la "pensée" d'ordre théorique) et de la science (ou de la pensée d'ordre "modélisateur").


     


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