• Cosmologie, physique et philosophie (Benjamin Gal-Or)

    Dans son récent ouvrage "Rien ne va plus en physique" ("The trouble with physics") évoqué sur mes blogs à plusieurs reprises, Lee Smolin délivre un diagnostic à la fois "pessimiste" (si ce mot peut avoir un sens dans le domaine scientifique) et stimulant à propos de la situation de la physique théorique actuelle : il montre (avec succès, à mon avis) que la théorie des cordes n'a pas tenu ses promesses d'unification de la physique quantique et de la relativité en une théorie unitaire, regroupant en un cadre théorique (mathématique)  les quatre interactions fondamentales de la physique, à savoir électromagnétiques , et interactions fortes et faibles (toutes trois influentes aux échelons très petits, du domaine de la physique quantique donc) et la gravité, du domaine des échelles très grandes et de la relativité générale.

    Le dernier grand achèvement de la pensée humaine en physique théorique est donc le "modèle standard", qui unifie les trois premières interactions, et qui date de 25 ans environ pour ses derniers développements.

    Lee Smolin ne cherche absolument pas à "démolir" la théorie des cordes et les physiciens qui y travaillent, qui sont souvent de grands esprits. Mais il plaide , avec bon sens à mon avis, pour une diversification des crédits de recherche : étant donné que la théorie des cordes a été pour le moment impuissante à proposer des expériences nouvelles aptes à valider ou falsifier ses conclusions, qu'elle n'a donc fourni aucune prédiction pouvant être confirmée par l'expérience, étant doné même qu'elle n'est même pas pour le moment une théorie unique mais un "espoir de théorie dans le futur", il serait hautement raisonnable d'accorder des crédits à des programmes de recherches concurrents si moins ambitieux, comme la gravité quantique à boucles (le domaine de recherche de Smolin).

    Son diagnostic sur la théorie des cordes est confirmé par le livre de Peter Woit, "Même pas fausse" ("Not even wrong"), qui arrive aux mêmes conclusions. Woit est quant à lui spécialisé en physique mathématique.

    Selon Smolin , il faut distinguer deux sortes de sciences : la science "normale", celle des chercheurs qui ne découvriront pas un nouveau domaine et ne réaliseront pas de grandes avancées théoriques, et la science "révolutionnaire", celle des Einstein , Dirac et Heisenberg.... le mode de fonctionnement de la recherche aux USA paralyse selon lui les chercheurs "révolutionnaires", ceux dont la physique actuelle a besoin pour sortir de l'impasse. Il montre que pour dépasser le marasme actuel, il faut des gens qui réfléchissent à ce qu'il appelle les "problèmes fondamentaux", qui sont de nature philosophique, touchant par exemple à la nature de l'espace et du temps.

    Or depuis l'après guerre, et même la fin des années 30, la science est touchée (aux USA en tout cas, mais l'on sait que ce qui survient aux USA se transmet vite au reste du monde) par un syndrome positiviste, qui la conduit à mépriser toute activité philosophique, celle qui passionnait tellement Einstein.

    Là encore il arrive aux mêmes conclusions qu'un autre penseur , Benjamin Gal-Or, dans son ouvrage qui date de plus de 20 ans maintenant : "Cosmology, physics and philosophy" (Ed Springer). Ce dernier estime que le dernier grand effort de pensée philosophique en physique aux USA a été le fait des chercheurs qui arrivaient d'Europe pour fuir l'hitlérisme...il y a un certain temps donc.

    Ce déficit de "pensée philosophique" serait la cause profonde de la crise actuelle.

    Pour ma part j'étais remonté, sur un autre blog (voir : http://mathesis.over-blog.com/article-5633431.html) encore plus loin , au début du 18 ème siècle, après la mort de Leibniz : je voyais dans la séparation intervenue à cette époque entre mathématiciens (puis physiciens ) et philosophes le symptôme de l'échec de la "Mathesis universalis" de Descartes et  Leibniz (qui étaient encore, au 17 ème siècle, à la fois mathématiciens ET philosophes).

    Je n'ai pas changé d'avis, et il me semble que même s'il a existé au siècle dernier de grandes exceptions (mais un génie est toujours exceptionnel) comme Einstein, l'échec du projet de Mathesis universalis grève d'une lourde hypothèque le devenir "séparé" (après avoir été commun) de la science (des sciences doit on dire maintenant, des sciences particulières et non unifiées) et de la philosophie ( les philosophies doit on dire là encore, chaque auteur ayant sa philosophie propre).

    Il faut avoir le courage de préciser au maximum sa pensée : la thèse qui sous-tend l'activité de ce blog est que la philosophie est scientifique et non pas mystique, qu'il n'y a donc et ne peut y avoir qu'une seule philosophie, comme il n'y a et ne peut y avoir qu'une seule science, et un seule Vérité.

    "Chacun sa vérité", ce n'est pas la monnaie qui a cours ici ! Mort de rire

    La philosophie est la "science des sciences" (comme le dit Fichte par exemple). J'ai aussi pu caractériser dans le passé la situation mutuelle de la philosophie et de la science par l'image d'une adjonction de foncteurs:

                                                     ------------------>

                                 Esprit, Sujet                                   Objet, "Monde"

                                                     <------------------

    La flèche tournée vers le "monde", vers l'objectivité est celle du foncteur "science"; celle tournée vers l'Esprit est celle de la philosophie.

    C'est un peu plus qu'une image, mais cela réclame bien sûr encore à être précisé considérablement ; disons que pour le moment c'est un peu un "mathème" à la Lacan Mort de rire.

    On trouvera des documents de Benjamin Gal-Or, lisibles gratuitement par tout le monde, et formant la suite de "Cosmology, physics and philosophy", sur l'excellent site http://www.scribd.com :

             http://www.scribd.com/doc/916662/GravitismHavayaism-WorldWide-Acclaimed-Philosophy-by-Benjamin-GalOr-Book-Draft

             http://www.scribd.com/doc/911791/FREE-Core-Curriculum-Course-in-Cosmology-Physics-and-Philosophy-Benjamin-GalOr-2007

     J'attire d'ailleurs l'attention des éventuels lecteurs sur l'intérêt "technique" de ce site, qui permet d'entreposer des documents pdf, doc ou autres. J'y ai moi même créé deux "groupes", l'un public (où je mettrai peu à peu des articles ou extraits de livres de philosophie ou de math-physique):

    http://www.scribd.com/groups/view/3363-itinerarium-mentis-in-deum

    et l'autre privé :

    http://www.scribd.com/groups/view/3361-mathesis-universalis-amor-dei-intellectualis

    où je mettrai en ligne des fichiers (en réservant pour le second ceux pour lesquels il pourrait y avoir un problème de copyright, par exemple des articles de revues scientifiques que j'ai achetés).

    Je rappelle aussi les deux autres forums/groupes fonctionnant avec ce blog :

    http://groups.msn.com/Principiatoposophica

    http://fr.groups.yahoo.com/group/principia_toposophica/


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