• Pourquoi ne pas faire trois choses en même temps ?

    -apprendre du latin et du grec, puisque ces deux langues sont absolument nécessaires pour la compréhension vivante de ce qu'est l'Occident

    - et étudier la Bible

    Nous disposons de toutes les ressources en ligne nécessaires sur Internet, voici quelques sites donnant les différentes versions de l'Ancien et du Nouveau Testament :

    http://www.thelatinlibrary.com/bible.html

    http://speedbible.com/vulgate/

    http://www.lexilogos.com/bible_hebreu_grec.htm

    http://ba.21.free.fr/septuaginta/sagesse/sagesse_1.html

    Commençons par le Livre de la Sagesse (Liber Sapientiae), dont voici les versions grecques et latines (pas de version hébraïque pour ce texte) et la traduction en français :

    http://www.thelatinlibrary.com/bible/wisdom.html

    http://speedbible.com/vulgate/B80C001.htm

    http://ba.21.free.fr/septuaginta/sagesse/sagesse_1.html

    et l'on a aussi ce site, encore plus pratique puisque les trois versions (grecque, latine et traduction en anglais) y sont présentées côte à côte :

    http://www.newadvent.org/bible/wis001.htm

    Chapitre 1

    verset 1

    diligite iustitiam qui iudicatis terram sentite de Domino in bonitate et in simplicitate cordis quaerite illum

    Ἀγαπήσατε δικαιοσύνην, οἱ κρίνοντες τὴν γῆν, φρονήσατε περὶ τοῦ κυρίου ἐν ἀγαθότητι καὶ ἐν ἁπλότητι καρδίας ζητήσατε αὐτόν.
    Aimez la justice, vous qui jugez la terre ; ayez le cœur bon en pensant au Seigneur ; cherchez-Le dans la simplicité du cœur.
    On remarquera les deux verbes :
    φρονήσατε   : penser, réfléchir  sur, qui est relié à ἀγαθότητι  la bonté du coeur
    et
    ζητήσατε : chercher, s'enquérir , enquêter, relié à la simplicité du coeur, à la pensée méditante
    Le premier est la pensée réflexive, dualisante, intellectuelle; le second la pensée "unitive", pensée du coeur, pourrait on dire...
    on remarque l'odre : la réflexion vient en premier, avant la méditation interrogative et questionnante...
    noter la traduction latine : "sentite" pour la pensée réflexive...
    verset 2
     ὅτι εὑρίσκεται τοῖς μὴ πειράζουσιν αὐτόν ἐμφανίζεται δὲ τοῖς μὴ ἀπιστοῦσιν αὐτῷ
     quoniam invenitur ab his qui non tentant illum, apparet autem eis qui fidem habent in illum.

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  • J'ai vu un des articles que j'avais publiés en juillet 2007 sur mon ancien blog :

    http://mathesis.over-blog.com/article-6891456.html

    republié hier 19 novembre 2008 sur un blog d'Observation de l'Islamisation :

    http://cafephilodedroite.blogspot.com/2008/11/observatoire-de-lislamisation-de-la_19.html

    et cela m'a donné motif à réflexion.

    Pourrais je aujourd'hui réécrire sans aucune modification ce que j'avais écrit il y a un peu plus d'un an ? soit un espace de temps assez court, mais où il s'est passé pas mal de choses, notamment depuis les dernières semaines et ce que l'on appelle la "Crise mondiale".

    A vrai dire, je ne renie rien de ce que j'avais écrit en juillet 2007. Mais il me faut y apporter, plutôt que des corrections ou suppressions, des compléments qui s'avèrent constituer des rectifications...en quelque sorte Mort de rire

    Tout tourne autour de Brunschvicg et de sa doctrine : c'est en lui, et en son oeuvre, que s'est cristallisé un noyau d'aspirations et de projets de nature philosophique et spirituelle.

    Or une chose est indiscutable concernant Brunschvicg : la vie religieuse est pour lui l'aspect le plus important de la vie, et toute sa philosophie est orientée vers ce but.

    Mais il est une autre chose indéniable, ou plutôt une chose qui semble entièrement différente, mais qui ne l'est pas, et même s'avère à la réflexion être la même chose: c'est que Brunschvicg est d'une intransigeance absolue sur la valeur du rationalisme, et je parle ici d'abord de sa valeur, de sa teneur religieuse; un rationalisme qu'il a soin de différencier du dogmatisme fondé sur un Système omni-englobant, une Pansophie, Grande Logique ou même une Mathesis universalis, qu'il vitupère comme faussement rationaliste.

    En fait, on pourrait dire que tout l'effort de la vie philosophique de Brunschvicg se résume à la tâche, écrasante, de définir le plus scrupuleusement et le plus exactement possible la nature de la raison, et ce en quoi elle est ce qui depuis la naissance de la science "ouvre" la possibilité de la conversion et de la religion véritable, sans rien de commun avec les religions du passé.

    A ce titre se pose le problème du christianisme, dont on sait que depuis 2000 ans il oeuvre et opère, avec la philosophie , au coeur de l'édification du destin de l'Occident, c'est à dire du destin de l'humanité, qu'on le regrette ou qu'on s'en félicite.

    Or Brunschvicg, d'origine juive, et qui a eu à souffrir à la fin de sa vie des persécutions nazies et pétainistes, Brunschvicg qui a été un dreyfusard sans failles et un ardent combattant contre l'antisémitisme, Brunschvicg rejette le judaïsme et l'Ancien Testament. Voir notamment le témoignage de Gilson dans l'article précédent :

    http://www.blogg.org/blog-76490-billet-brunschvicg_raconte_a_gilson_sa_liberation_du_judaïsme-922879.html

    Il le rejette parce qu'il rejette la notion de Créateur et celle de Transcendance, et parce qu'il le juge trop "charnel", impuissant à se hausser à l'universel.

    Brunschvicg déclare souvent que sa philosophie est une doctrine du Verbe, de Verbe intime (logos endiathetos) plutôt que du Verbe proféré dans le langage et son exériorité. Il se rattache au Nouveau Testament comme livre de la religion du Verbe, donc plutôt au prologue de l'Evangile de Jean , qui avait aussi tellement fasciné Fichte.

    Brunschvicg se plait à reconnaître que le christianisme a inauguré un "nouvel élan de conscience", qui peut et doit se poursuivre en dehors des domaines régis par la foi. "Je ne reconnaitraît pas moi même dans ce que je pense et ce que je suis" dit il "s'il n'y avait eu tout le mouvement du christianisme".

    Le R P Sertillanges fait ce constat que l'on pourrait craindre orienté (pour "récupérer" Brunschvicg et la philosophie critique dans le giron de la foi chrétienne) mais que nous acceptons dans ces grandes lignes : reconnaissant l'énorme influence exercée (en bien comme en mal d'ailleurs, ajouterons nous) par le christianisme dans le domaine philosophique, Brunschvicg n'entend pas choisir pour se situer pour ou contre le christianisme en général; il fait son choix à l'intérieur du christianisme, interprétant celui ci dans le sens d'un idéalisme critique et mathématisant qui se veut aussi et par dessus tout religieux et apparenté , outre la doctrine du Verbe, à l'imitation de Jésus. (sur ce dernier point de l'imitation de Jésus cependant, je me permets d'être dubitatif, et pour ma part je restreindrais le "christianisme de philosophe" de Brunschvicg à la pure spiritualité de la doctrine du Verbe intérieur et absolument immanent : "la lumière qui éclaire tout homme de l'intérieur".

    Un idéalisme, donc, religieux non pas malgrès son mathématisme, mais religieux et "chrétien", d'un christianisme de philosophes et de savants, parce que mathématisant.

    Et l'on ne peut que noter, en relation avec ce qui vient d'être dit, que Kojève caractérise la science moderne comme étant d'origine chrétienne: la naissance d'une physique mathématique à vocation universelle est  explicable selon lui uniquement par l'imprégnation de l'Europe par le christianisme et singulièrement par le dogme de l'Incarnation. Car les autres dogmes porpres au monothéisme étaient présents dans le judaïsme et l'Islam, qui n'ont jamais eu l'idée de développer une science mathématique et universelle. Idée qui a vu le jour sous la forme de la Mathesis universalis de Descartes.

    Compte tenu de ce qui précède, et de ma volonté de fidélité, non pas littérale mais spirituelle, à la voie tracée par Brunschvicg, vais je donc renier les propos souvent d'une virulence extrême que j'ai tenus en 2007 sur l'ancien blog, contre le christianisme ?

    Oui et non.

    Car la fidélité au sens véritable du christianisme, la doctrine du Verbe , réclame une intransigeance intraitable contre ce qui dans le christianisme apparait comme scorie, impureté, ajout mythologique à la pure doctrine (philosophique en son essence) du Verbe : à savoir tout le christianisme vulgaire, celui que l'on connaît si bien : prières, bondieuseries, pleurnicheries "saintes"...et, côté cour, guerres, croisades et là aussi massacres.

    Si le christianisme est, et il l'est d'une certaine façon, la tentative absurde et désespérée (ou désespérante) de faire tenir ensemble deux choses absolument inconciliables : la personnalité humaine de Jésus, et l'essence pure et spirituelle du Verbe universel, alors il ne peut que s' effondrer..et c'est bien ce qu'il fait depuis 2000 ans, et de manière acélérée depuis un siècle. Et ce au profit de l'Islam.

    Mais nous savons aussi que Brunschvicg, disciple de Spinoza, interprète la doctrine spinoziste comme "un christianisme de philosophe".

    C'est pour cette raison que nous changeons, depuis quelques mois, la visée de notre lunette d'approche, pour la réorienter vers le domaine de la vie religieuse. Donc de la Mathesis universalis vers le Dieu des philosophes et des savants, puisque l'on sait aussi que Brunschvicg a toujours rejeté la première notion, Mathesis universalis, qu'il considérait comme un reliquat à l'âge moderne des rêves de "Pansophie" du moyen age, mais qu'il s'est réclamé pour le sens ultime de sa pensée du Dieu des philosophes et des savants, en un sens exactement inverse et symmétrique du Mémorial de Pascal :

    "le drame de la conscience religieuse depuis trois siècles est défini avec précision par les termes du Mémorial de Pascal du 23 novembre 1654: entre le Dieu qui est celui d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et le Dieu qui est celui des philosophes et des savants, les essais de synthèse, les espérances de compromis, demeurent illusoires".

    Dieu des philosophes et des savants , non pas Dieu d'Abraham pour Brunschvicg (et pour nous, pauvres ombres qui suivons ses pas de géant à distzance respectable et respectueuse); mais pour Pascal :

    FEU

    Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob,

    non des philosophes et des savants.

    C'est dans ce cadre de réflexions que nous choisissons de "thématiser" nos sommaires tentatives, vite retombées d'une "impuissance à redresser le vol", comme un christianisme, ou un Islam, de philosophes et de savants.

    Car si l'on émonde le christianisme de tous ses aspects charnels, de toutes ses impuretés donc, alors l'apparition historique de l'Islam perd tout son sens : et l'on peut confondre Islam et christianisme en un même nom, et un même concept.

    Mais tout en précisant bien que ce "christianisme-Islam de philosophes et de savants" n'a rien de ommun avec l'Islam coranique, et très peu avec le christianisme historique en tant que religion... peut être juste le prologue de l'Evangile de Jean. Et cela suffit amplement à toute une vie d'effort intérieur !

    Voir aussi sur ce point :

    http://www.blogg.org/blog-76490-billet-un_christianisme___ou_un_islam__de_philosophes_et_de_savants-890557.html

    La belle histoire continue donc, mais ce sont les blogs suivants qui en deviennent les principaux "points de regroupement et de convergence":

     
     
     
     et, dans une optique moins "généraliste" et plus orientée vers le combat spirituel autour de l'Islam des lumières (c'est à dire : contre l'Islam de Muhammad et le Coran, pour lce que nous appelons Islam des philosophes ou Islam spirituel, rattaché à Averroès, mais surtout à Copernic, Descartes,Spinoza, Malebranche, Fichte Brunschvicg et Einstein):
     
     

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  • Souhaitons bonne chance à ce nouveau groupe de personnes, liées à Mathesis universalis, qui entendent promouvoir un Islam purement spirituel des philosophes et des savants, qui s'opposera complètement à l'Islam "religion" fondé par le prétendu prophète Mahomet.

    Ce mouvement pour l'Islam spirituel s'exprimera sur un ensemble de blogs et de groupes, dont voici les principaux :

     
     
     

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  • Ceux qui cobnfondent philosophie et sociologie , réflexion et conversation de salon, s'extasient devant la découverte d'une nouvelle lettre d'Einstein, adressée en 1954 au philosophe Eric Gutkind,  qui assimile la croyance en Dieu à une superstition enfantine ("infantile" serait mieux choisi, mais passons):

    http://www.cyberpresse.ca/article/20080513/CPSCIENCES/80513113/-1/CPSCIENCES

    Mais peut on dire que le physicien-philosophe Einstein (car il était les deux, et c'est sans doute l'un des derniers savants-philosophes, ce qui explique d'ailleurs l'impasse actuelle de la physique théorique et donc de la science, comme le reconnait Lee Smolin) était "athée" ? lui dont les aphorismes comme "je ne peux croire que Dieu joue aux dés", sont devenus célèbres ?

    Il est d'ailleurs difficile de donner un sens précis au mot "athéisme", pour les mêmes raisons qu'il est difficile d'en donner un au mot "Dieu" ! je rappelle que c'est ici mon but ultime, défricher le terrain "intellectuel" pour une compréhension de ce que peut être le "Dieu des philosophes", mais il y a loin de la coupe aux lèvres !

    Le problème est posé par Jules Lagneau :

    "Affirmer que dieu n'existe pas est le propre d'un esprit qui identifie l'idée de Dieu avec les idées qu'on s'en fait généralement, et qui lui paraissent  contraires aux exigences soit de la science soit de la conscience".

    Ce qui motive les remarques suivantes de Brunschvicg (qui a réservé au mot "Dieu" un chapitre de son dernier livre "Héritages de mots, héritages d'idées", c'est sans doute pourquoi il n'a pas jugé utile d'en réserver un au mot "athéisme", ce que je juge parfois regrettable):

    «La confusion des vocabulaires risque de lier à un même sort , d'entraîner dans une chute commune, la religion conçue comme fonction suprême de la vie spirituelle et les religions données dans l'histoire en tant qu'institutions sociales. Celles ci comportent un Dieu particulier qu'on désignera par un "nom propre";son culte et ses attributs sont définis dans des formules de symboles qui sont naturellement conditionnées par le degré où la civilisation était parvenue à l'époque de leur énoncé»

    (ajout de ma part ici : il faudrait aussi examiner l'endroit où ce Dieu particulier est né, car "la civilisation" n'est homogène ni selon les époques ni selon les lieux...et il me semble que le problème de la validité de l'Islam reçoit alors une solution définitive, qui risque de n'être pas du goût de nos amis Malek Chebel ou Abdelwahab MeddebMort de rire)... mais laissons ces perfidies islamophobes, dont je m'excuse par avance, et reprenons les propos de Brunschvicg:

    «le progrès du savoir scientifique et le raffinement de la conscience morale se tournent alors en des menaces contre la tradition des dogmes qui tenteront d'y échapper par le saut brusque dans le mystère de la transcendance. Pourtant, si la science porte avec elle la norme du vrai comme la conscience morale la norme du bien, le devoir de la pensée religieuse est d'en chercher l'appui bien plutôt que d'en fuir le contrôle.

    Reconnaissons donc qu'il y a dans l'effort intellectuel du savant, dans la réflexion critique du philosophe, une vertu de désintéressement et de rigueur avec laquelle il est interdit de transiger»

    Ces lignes nous mettent d'emblée "sur la bonne route" pour la compréhension de ce qu'il faut faire et penser, comme c'est presque toujours le cas avec Brunschvicg... le "Dieu des philosophes et das savant", dont j'ai parlé ici quelquefois, n'y est pas nommé ni conceptualisé, mais  il apparait en filigrane dans la tâche à accomplir, tâche d'humilité et de fidélité...et je suis désolé de dire que les "religions traditionnelles sont ici jugées".... notre époque aussi, puisque l'on sait que le mot "rigueur" nous donne des boutons et met Messieurs Fillon et Sarkozy dans des transes indescriptibles !Mort de rire

    mais on aurait pu attendre des "autorités morales religieuses" un peu plus de vertu ! or leur attitude devant la science , depuis que celle ci est née il y a 4 siècles, a été d'abord de haine et de tentative de destruction et de meurtre, puis de silence et de fuite dans la transcendance ("chacun chez soi" : à nous le monde intelllgibile, à la science le monde opératif de la technique), ou bien d'accomodement, sinon raisonnable, du moins intéressé : on cherche et on prend dans la science ce qui nous semble confirmer les dogmes, on laisse le reste... mais il arrive qu'on se trompe tellement la science est devenue complexe techniquement parlant ! et les conséquences en sont déplorables...

    Je citerai aussi Lachelier, autre grand maitre en (véritable) spiritualité et en philosophie, ce qui est tout un :

    «par religion je n'entends pas les pratiques religieuses ou les croyances particulières qui trop évidemment varient d'un état social à un autre. Mais la vraie religion est bien incapable de naître d'aucun rapprochement social; car il y a en elle une négation fondamentale de tout donné extérieur et par là un arrachement au groupe, autant qu'à la nature»

    là encore les religions positives, celles de dieux à noms propres, sont jugées, en particulier celles qui n'ont à la bouche que le mot "oumma" (=communauté) et la fidélité à de prétendus commandements divins qui sont en fait inventés par des hommes trop humains ( qui a pu avoir l'idée de forcer les femmes à se voiler "au nom de dieu", sinon des hommes lascifs, faibles devant la chair et donc frustrés et jaloux ?)

    mais le problème, ou plutôt l'aporie de l'athéisme, est aussi posé : car s'il consiste à affirmer et démontrer que "Dieu n'existe pas", je ne vois que deux manières de le faire :

    - soit Dieu est une entité physique, "existant" dans l'extériorité spatio-temporelle, et alors la "démonstration" cherchée est redevable à la physique

    - soit c'est un "être de raison", et alors son existence, ou inexistence, est du domaine de la mathématique, si du moins elle doit être prouvée rigoureusement ....

    dans les deux cas je demande : mais quelle sorte de Dieu est ce là ?

    On se gardera donc d'orienter la compréhension des grands philosophes vers un athéisme conçu comme un "mol oreiller pour nous autres modernes"; avec Descartes c'est facile, il se revendique chrétien; avec Spinoza et son disciple Einstein c'est un peu plus obscur...

    j'ai trouvé ce matin ces quelques lignes de Jean-Marie Vaysse, elles sont extraites du début de "Totalité et finitude; Spinoza et Heidegger" et font bien le point sur notre problème:

    «l'entreprise spinoziste consiste à détruire la métaphysique en sa figure onto-théologique et à élaborer une ontologie fondamentale, en montrant comment tous les discours sur l'être qui ont été tenus jusque là finissent toujours par en faire un étant subsistant et transcendant... on finit ainsi toujours par le concevoir comme un individu créateur, la philosophie rejoignant alors la superstition du vulgaire et le Dieu des philosophes n'étant jamais qu'une sublimation théorétique du dieu des religions révélées.

    L'athéisme ne change rien au problème car il n'est que l'envers du théisme rationnel. Le simple rejet de la théologie rationnelle ne permet pas d'en exhiber le mécanisme et le rejet de la religion ne permet pas non plus d'en saisir la genèse.

    le problème de l'athéisme, s'il est encore permis de faire usage de ce terme, est en fait d'ordre topologique. Il ne sert à rien de proclamer que dieu n'existe pas, si l'on substitue une transcendance à une autre, le sujet ou l'absolu à dieu , et si l'on ne pense pas la question de la localisation de la transcendance, qui fait qu'elle occupe une position d'éminence...

    Deus sive natura : Dieu est partout et donc nulle part, il ne se situe en aucun lieu privilégié, "l'athéisme" ne consistant point en une négation de l'existence de Dieu, mais en son affirmation généralisée comme totalité infinie»

    ces lignes (et ce livre tout entier) sont à méditer, rien que par le fait qu'elles nous adressent un avertissement, à nous qui voulons "garder" le "Dieu des philosophes et des savants" , touchant à la tentation d'en faire une sublimation théorétique du Dieu des religions....

    mais Einstein, Brunschvicg et la physique ultérieure sont là pour nous garder de cette ornière...Mort de rire

     

     

     

     


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  • Les théologiens se sont attachés à distinguer entre la voie étroite : "qui n'est pas avec moi est contre moi" et la voie large : "qui n'est pas contre moi est avec moi".

    Mais pour accomplir l'Evangile il faut aller jusqu'à la parole de charité, non plus qui pardonne, mais qui n'a rien à pardonner, rien même à oublier : "Qui est contre moi est encore avec moi"

    Et celui là seul est digne de la prononcer, qui aura su apercevoir, dans l'expansion infinie de l'intelligence et l'absolu désintéressement de l'amour, l'unique vérité dont Dieu ait à nous instruire.

    Les lignes qui précèdent sont de Léon Brunschvicg, elles sont extraites de "Raison et religion" et constituent la fin du chapitre 5 ("Période augustinienne") de la seconde partie : "Les disgrâces de l'éclectisme".

    L'ouvrage "Raison et religion", qui date de 1939, prend son point de départ dans une communication extrêmement importante faite par Brunschvicg au Congrès de Prague de 1934 sur le thème : "Religion et philosophie".

    Le texte de cet exposé de 1934, qui comprend 13 pages, se trouve dans le numéro de l'année 1935 (année 42, numéro 1, page 1 à 13) de la Revue de métaphysique et de morale, il est accessible (lisible avec Acrobat reader) sur Gallica, à cette adresse (pour la première page) :

     
    Je ne pense pas exagérer en affirmant qu'il est important , d'une importance cruciale pour le monde actuel, que le plus grand nombre de personnes possibles prennent connaissance de cette communication de Brunschvicg, dont la langue simple et claire est à la portée de tout le monde, à condition que ces personnes soient de bonne volonté, c'est à dire acceptent d(enlever leurs oeillères idéologiques et religieuses.

    La citation de Brunschvicg faite au début de cet article , ces quelques lignes absolument admirables, m'évoque un des ces sommets lointains et enneigés que l'on voit lorsqu'on se promène dans les Alpes (pour en rester à la France). On sait que l'on peut y parvenir si l'on veut, mais que l'escalade sera rude, et dangereuse. Cela nécessitera en tout cas de quitter le confort douillet de la ville, et la tranquillité procurée par la vie en collectivité. Mais cette tranquillité n'est elle pas de l'ordre de l'illusion ? 

    Il faut en tout cas prendre au sérieux l'avertissement : "seul est digne de la prononcer....".

    Il ne fait strictement aucun doute pour moi que Brunschvicg en était digne : tous ceux qui l'on connu en sont d'accord, c'était un homme profondément bon , accueillant tous ceux qui faisaient appel à lui, sans aucune exclusive....

    mais une seule chose importe, c'est que chacun en son for intérieur se situe par rapport à cette "parole de charité" : ici il est vain de tricher, à quoi bon d'ailleurs ? et celui qui écrit cet article sait, pour sa part, qu'il est encore loin d'en être digne.

    Aussi ne prononce t'il pas cette parole pour son propre compte, mais en quelque sorte pour se fixer un but à long terme. Car ces quelques lignes si simples expriment une exigence radicale ...il s'agit, pour le prendre autrement, du seul "programme" nécessaire et possible pour l'activité que se fixe ce blog, qui est d'acquérir une vision absolument claire de Dieu, du Dieu des philosophes et non pas du Dieu des monothéismes abrahamiques qui est inconcevable et littéralement insensé.

    Cette "vision" est celle, pour reprendre les termes de Brunschvicg, de "l'unique vérité dont Dieu ait à nous instruire: l'expansion infinie de l'intelligence et l'absolu désintéressement de l'amour".

    En apparence donc, tout est très simple : une seul programme, consistant en une seule tâche : allier l'expansion infinie de l'intelligence à l'absolu désinstéressement de l'amour.

    Si la Mathesis universalis consiste, comme je l'ai conjecturé,  ici ou ailleurs, à définir les principes intellectuels universels (et non pas les axiomes, au sens d'une théorie axiomatique) et ultimes de toute activité intelligente et réflexive (qu'elle soit humaine ou non), alors elle est définie par ce seul et unique principe programmatique. Tout est terminé. Travail de femme et jeu d'enfants, comme disaient les alchimistes... et la véritable alchimie, loin de l'art des "souffleurs", est peut être cet itinéraire vers le Dieu des philosophes, puisque les alchimistes s'intitulaient "philosophes au laboratoire" ? je me borne à proposer ici cette piste, à explorer...

    mais comme l'on sait : le simple est difficile...et le plus simple est aussi le plus difficile....

    C'est d'abord l'ordre des mots qui doit attirer notre attention : l'expansion infinie de l'intelligence vient avant, a le pas sur, et donc conditionne, l'absolu désintéressement de l'amour.

    Ici Brunschvicg, et nous qui choisissons de nous fier à sa direction spirituelle, prend le contrepied complet de toutes les tendances (tentations ?) mystiques et "orientales" qui se donnent libre cours actuellement. Si vous définissez votre conception de la spiritualité (ce mot si à la mode qu'il en devient creux, hélas, comme d'ailleurs le mot "amour") de cette manière, vous serez immédiatement catalogué comme "intellectualiste", "rationaliste", amateur d'abstractions, ...cartésien...une crapule euro-occidentalo-centriste en somme... à liquider !

    L'expansion infinie de l'intelligence définit ce que Brunschvicg appelle la "religion dynamique" , et qu'il oppose aux religions statiques, "positives", instituées... c'est ici qu'il se sépare complètement de Bergon, qui emploie lui aussi ce terme de religion dynamique, si je ne m'abuse. Mais Bergson (pour lequel Brunschvicg avait une admiration et une vénération sans bornes) fixe (comme Descartes d'ailleurs, mais en un sens tout autre) des limites fermes et définitives à l'intelligence :

    "il est des choses que l'intelligence seule est capable de chercher mais que par elle même elle ne trouvera jamais"

    Je préfère pour ma part suivre Brunschvicg, car je me méfie de ce que l'on appelle l'intuition, notion mystique voire mystificatrice.... il s'agit peut être d'une pure question de vocabulaire, mais je me refuse à séparer une intelligence qui serait purement fonctionnelle, calculatrice, analytique, d'une mystérieuse intuition qui trouverait, en s'unissant intimement à l'absolu transcendant et ineffable. Je me refuse à "parler" d'un ineffable, ne serait ce quepour le nommer...

    Comment alors travailler à cette expansion infinie de l'intelligence, à ce "service" donc du Dieu des philosophes, et non pas donc au service du bien être matériel d'une communauté particulière d'êtres vivants (les humains) ?

    en travaillant à la compréhension philosophique de la science et à la réflexion sur la philosophie du passé. il ne s'agit pas d'histoire de la philiosophie (tâche respectable) mais d'évaluation et de réflexion incessantes sur la nature de la philosophie et de la science.

    Soyons plus précis... le "chantier" des futurs travaux, qui n'attendent que les "ouvriers", de la onzième heure ou de la treizième, pourrait être ainsi proposé:

    1 reprendre et vérifier (ou infirmer) les vues du "Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale" : ici il n'y a pas besoin d'aller "plus loin" que Brunschvicg, car la "philosophie" qui vient après a mort, et qu'il n'a donc pas pu méditer, ne vaut pas selon nous une heure de peine ! Clin d'oeil

    2 étudier les avancées théoriques de la science contemporaine du point de vue de la philosophie, et non pas du point de vue des avancées techniques ou de l'économie. Ces avancées majeures, intervenues au 20 ème siècle, sont au nombre de trois : la relativité et la physique quantique, pour ce qui est de la physique, et la théorie des catégories, en 1945, en mathématiques. Brunschvicg ne pouvait évidemment connaitre que les deux premières, mais il n'a pas pu les intégrer dans une philosophie cohérente et globale. Ce n'est pas un reproche : personne ne l'a pu, ni avant lui ni après.

    Toute la philosophie (admirable) des temps passés (Descartes, Spinoza, Kant, jusqu'à Brunschvicg) reste basée sur la physique classique. La tâche du futur est l'élaboration d'une philosophie qui prend en compte et "mette en cohérence"  les trois découvertes scientifiques rappelées plus haut . Mais bien entendu, il faudrait pour cela que les physiciens parviennent à une théorie unitaire regroupant et "dépassant" relativité et physique quantique, c'est à dire qu'ils arrivent à résoudre les cinq grands problèmes théoriques définis par Smolin au début de son livre "Rien ne va plus en physique".

    On le voit, il y a du travail ! et cela n'est pas pour nous surprendre : s'il s'agit réellement d'une "expansion infinie", cela veut dire qu'elle ne sera jamais "terminée", d'une part, et que d'autre part il n'y a pas de "limites" d'ordre ontologique ou autre aux possibilités de l'intelligence. N'en déplaise à Wittgenstein et à tous ceux qui pondent des livres sur "les limites de la connaissance"..... et, pour en finir avec cet ordre d'idées, on remarquera que je n'ai pas compté parmi les découvertes fondamentales le fameux théorème de Gödel. J'ai peut être tort ! mais il me semble en tout cas qu'on ne peut pas en inférer, comme il est à la mode de le faire, des conclusions hâtives ("crises et chochottements" Mort de rire) sur les "limites de la Raison". C'est d'ailleurs tout le sens de la "méfiance" de Brunschvicg envers la logique et les logiciens : on ne pourra jamais enfermer la Raison en un système logique (axiomatique). Puisqu'elle est infinie !

    quid alors de l'amour ? Amour , Amour, Maître des cieux, qui voudrait te placer au second rang ? et c'est pourtant ce que je vais faire, avec la caution toutefois de Brunschvicg, car seul ne n'oserais perpétrer un tel blasphème , un tel attentat contre toute la beauté et la noblesse des sentiments humains!Mort de rire

    Voici :  l'absolu désintéressement de l'amour est conditionné par l'expansion infinie de l'intelligence, qui est première !

    ce qui peut se dire aussi : la norme absolue qui est la "trace" du Dieu des philosophes, est d'abord norme intellectuelle, norme du Vrai, avant d'être norme morale, norme du Bien. Si c'est l'ordre inverse qui se produit, si le Vrai dérive du Bien, alors nous ne sommes plus sous le règne du Dieu des philosophes, mais du Dieu des religions, et c'est le chaos ! comme on le voit actuellement.

    Mais ceci peut aussi fonctionner dans l'autre sens ? que se passe t'il si l'on a (en apparence) l'intelligence sans l'amour ? comme par exemple chez ces scientifiques que décrit Smolin, en concurrence acharnée pour les postes de direction, pour la gloire, les honneurs, et accessoirement l'argent?

    il se passe qu'il n'y a pas "expansion infinie de l'intelligence" ! forcément ! si du moins l'on adopte notre point de vue!

    il se passe donc que l'expansion de l'intellligence est bloquée quelque part !

    et, oserai je insinuer, ne serait ce pas là l'explication de la situation tragique que décrit Smolin, de l'impasse où se trouve la science théorique actuellement (pas la technoscience, ça va très bien pour elle, merci !) ??

    c'est d'ailleurs ce que dit Smolin lui même, d'une autre façon : car les "nouveaux einstein" qu'il appelle de ses voeux, les penseurs "révolutionnaires" libérés des oeillères de la "pensée de groupe", qui seront seuls aptes selon lui (et selon nous) à sortir la science de l'ornière , ils seront justement la manifestation de la fin du blocage actuel, blocage mis en place par des "automatismes" inconscients. Et ce blocage réside d'abord selon nous dans la séparation complète de la philosophie (ou de la "pensée" d'ordre théorique) et de la science (ou de la pensée d'ordre "modélisateur").


     


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