• Léon BRUNSCHVICG sur le web

    J'entends saluer ici la mise à disposition, en lecture libre sur Internet, d'un nouveau texte de Léon Brunschvicg (1869-1944), l'un de ses  livres les plus importants car son dernier, terminé le 10 novembre 1943 à Aix Les Bains (alors qu'il avait dû fuir Paris  et l'invasion allemande en juin 1940) , deux mois avant sa mort qui eut lieu le 18 Janvier 1944.

    Ce texte est disponible à l'adresse suivante :

    http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/heritage_de_mots_idees/heritage_de_mots.html

    Livre des plus importants dans sa brièveté et sa simplicité même, et même dans son dépouillement dirais-je, terme le mieux à même du philosophe qui a toute sa vie cherché à réaliser la "pauvreté en esprit" dont parle l'Evangile, un idéal auquel le christianisme a dd'ailleurs été infidèle, et c'est sans doute là l'explication de tous les malheurs qui nous accablent aujourd'hui.

    Brunschvicg y récapitule toute son oeuvre et toute sa philosophie en quelques 80 pages qui sont d'une densité sans doute sans égale dans la littérature de tous les temps, mis à part évidemment certains textes de ses "inspirateurs" Descartes et Spinoza (je pense au début du Traité de la réforme de l'entendement par exemple).

    C'est un livre pour tous et pour personne, pourrait on dire en reprenant une formule de Nietzsche; un livre d'une lecture tellement facile en apparence qu'on pourrait (et qu'on devrait) le donner à un jeune enfant pour l'initier à la vraie philosophie, qui se situera toujours au delà des lourdeurs de style et des obscurités voulues de quelques penseurs célèbres, j'aurai la charité de ne pas prononcer ici leur nom.

    Si on lit ce livre, ce qui est facile, et l'affaire d'une heure ou deux tellement c'est passionnant, et si on le comprend (ce qui est un peu plus difficile Clin d'oeil), on est "vacciné" pour la vie contre tous les sophismes des prétendus "philosophes", politiques,  stars médiatiques et autres "maitres penseurs" ( voire "maitres censeurs" Mort de rire).

    Le titre lui même résume à lui seul toute la pensée de Brunschvicg et son "sens", qui est d'opposer le spiritualisme de l'idée pure à l'idolâtrie des mots. Oui, je ne crains pas de prononcer ce mot qui de nos jours est devenu une obscénité : "spiritualisme". Et on le comprend quand on pense à l'usage qui en a été fait par des sectes ou autres "écoles" de (prétendue) pensée. Mais si je ne crains pas de le prononcer c'est justement avec l'autorisation que m'en donne le livre, qui permet de discriminer (autre mot qui est devenu obscène, pour d'autres raisons) le "mot" comme pure étiquette et ce qu'il est censé représenter, ou symboliser. D'ailleurs il y en a tellement d'autres, de ces mots, qui sont devenus obscènes ou en tout cas "fâcheux", ridicules, scandaleux...et la liste des thèmes abordés par le livre en compte plusieurs : raison, expérience, liberté, amour, Dieu, âme...

    Brunschvicg décèle l'origine de cette rupture, entre pensée et expression, entre Esprit et langage, chez les Grecs avec le double sens du mot Logos, à la fois pensée et parole; fidèle à ses prédecesseurs et inspirateurs Descartes, Spinoza et Malebranche , qui opposent, chacun à leur façon, le Verbe intérieur aux "préjugés des sens sur lesquels le langage se forme", il n'aura de cesse d'aider l'humanité à remonter la pente (fatale) qui la fait descendre du niveau de l'idée, de l'amour intellectuel de Dieu, à celui des "discutailleries" stériles et autres "tournant langagiers".

    Et pour cela, Brunschvicg, c'est là sa marque distinctive (et son honneur) ne craindra pas de provoquer une scission à l'intérieur du rationalisme lui même, puisqu'il s'en prendra aux penseurs qui en apparence auraient pu être jugés les plus proches de lui de par leur idéalisme, car il s'élève à la fois contre l'esprit de système total (Hegel) et le logicisme auxquels il oppose le dynamisme de l'intelligence et de l'analyse mathématique.

    Mais tout cela semble peine perdue, et après 1945 l'humanité a continué à descendre la pente, à cadence accélérée.... jusqu'à ... jusqu'où au fait ?

    Il suffit de prendre quelques exemples tout récents pour montrer à quel point nous mène l'idolâtrie des mots (envisagés séparément par abstraction de ce qui seul les légitime : la pensée pure) :

    - la ridicule querelle sur le point de savoir s'il faut parler de "rigueur" ou non à propos de la politique économique du gouvernement Fillon

    - l'affaire de la banderole insultante envers les ch'tis : on a vu, au cours du JT, s'opposer le président du PSG qui reconnait un signe xénophobe mais non raciste au président du stade de Lens qui parle de "racisme régional" (c'est nouveau, ça vient de sortir). On croit rêver devant tant de bêtise et d'hypocrisie... la bêtise principale étant de consacrer une partie du journal télévisé national à une telle broutille...mais nous n'en sommes plus à ça près, en France !

    Mais quittons ces marécages pestilentiels et revenons au livre, "Héritage de mots, héritage d'idées"... on lira avec une attention spéciale le chapitre consacré au mot(et à l'idée) "Dieu".  L'opposition (qui forme l'un des thèmes principaux de ce blog) pascalienne entre le dieu à noms propres de la tradition judeo-islamo-chrétienne et le Dieu de le pensée universelle, le Dieu-Raison, le Dieu des philosophes et des savants, y est abordée avec une force magistrale:

    "Parler de Dieu à un enfant, c'est lui apporter, ou lui imposer, un faisceau suffisant de réponses pour le garder, son existence durant, à l'abri d'une curiosité dangereuse".

    tout est dit ... et la calamité des religions traditionnelles, cultuelles, "sociologiques", celles que l'on hérite à la naissance, dénoncée.

    Le rationalisme de Brunschvicg est le même que celui de Spinoza : il est à vocation religieuse, sa visée la plus haute est une réforme (révolution ) totale de l'esprit humain afin de favoriser l'émergence de la véritable religion, celle de la raison universelle des esprits, selon la belle expression de Malebranche. Les commentateurs de l'Ethique s'interrogent depuis plus de 3 siècles sur l'énigme du spinozisme qui tient tout entière entre l'apparente contradiction entre les quatre premiers livres de l'Ethique, qui concluent à un déterminisme et une nécessité absolue régnant sur les phénomènes (y compris ceux touchant à l'homme) et la merveilleuse liberté intérieure décrite au livre 5 comme "amor Dei intellectualis", et comme idéal et promesse de la voie philosophique.

    Mais la contradiction n'en est pas une, et le rationalisme, si toutefois il ne tombe pas dans les ornières d'un certain naturalisme ou empirisme, est le seul qui puiise parachever les promesses du mysticisme, comme le dit si bien Brunschvicg au chapitre sur "Dieu" (pages 64 sq):

    "le mysticisme semble incapable de subsister en équilibre à son propre niveau. Ou il acceptera de descendre, et désavouera ce même idéal de spiritualité qu'il avait commencé par proclamer, ou bien le rationalisme interviendra pour le soulever au dessus de lui même et le mener jusqu'au bout de son aspiration , jusqu'à la claire et pleine intelligence de l'unité de l'Un".

    L'objectivisme absolu, qui est celui du spinozisme comme de la science , est donc compatible avec le spiritualisme absolu de l'idée pure, de l'amour intellectuel de Dieu : l' esprit trouve sa liberté en objectivant ce qui est "au dessous de lui", ce qui n'est pas lui, la Nature, et il ne peut se libérer qu'en objectivant! il trouve alors qu'il se confond avec Dieu, un Dieu qui n'a rien à voir avec celui des différentes traditions cultuelles et de leurs théologies car : "quand on parle de Dieu comme d'un objet, et puisque cet objet n'est donné nulle part , il faut bien qu'il soit imaginé. il devient alors inévitable que l'imagination trahisse Dieu en le représentant sur le modèle des créatures humaines, ou, si elle prétend s'affranchir de cette malheureuse subordination, elle déserte et tombe dans le vide" (ce "vide", c'est par exemple celui de la théologie négative, expressément refusé par Spinoza)

    "ce qui désormais s'oppose au surnaturel, ce ne sera donc plus la nature, mais bien le spirituel, ramené à son acception authentique par l'effort de réflexion idéaliste qui a dû se déployer à contre-courant des formes ancestrales du langage" (ce "à contre courant", c'est évidemment l'analyse mathématique).

    Parmi les autres livres ou articles de Brunschvicg, on trouvera "Les étapes de la philosophie mathématique" (sans doute son ouvrage le plus important, le plus commenté en tout cas, et qui n'a pas pris une ride) à cette adresse du site de l'université du Michigan:

    on trouvera aussi un grand nombre d'articles parus dans la "Revue de métaphysique et de morale" (qu'il avait fondée en 1893 avec Xavier Léon) sur le site de la bibliothèque nationale Gallica:

    http://gallica.bnf.fr

    (taper "Brunschvicg" en mot clé dans le cadre "recherche libre" ou "auteur", ou bien cliquer sur "périodiques" pour trouver la Revue de m'étaphysique et de morale).

    Un autre livre important de lui, "De la vraie et de la fausse conversion", a paru sous forme d'articles dans plusieurs numéros de la revue à partir de 1930, voici les adresses de différents morceaux du livre:

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112646/f1.item (chapitre 1,  aller pages 279-297)

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11271g.item (chapitre 2, aller aux pages 187 à 235)
     
    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11278w (chapitre 3, aller pages 17 à 46)
     
    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112797.item (fin du chapitre 3, aller page 153 pour le début du texte de Brunschvicg))
     

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